fév
25
fév
25
À l’heure où un mal mystérieux frappe Lille, un mal où les gens meurent tous comme des mouches titubantes le long des quais du canal de la Deûle, un mal où l’on retrouve les corps morts à l’intérieur avec tout plein de drogues et d’alcool, un mal où on ne trouve pas de traces de violence sur eux mais où on hurle au serial killer tout de même. Et bien à cette heure-là, moi je m’ennuie.
Alors si des personnes de type « Homme » passent l’arme à gauche depuis plusieurs semaines, je dois bien rendre hommage au coude de fer, il me tire bien de l’embarras, à éviter de me faire sortir pour me faire étrangler par un serial killer qui n’existe pas et qui ne tue que des garçons. (Nous sommes des dramaturges, nous, les gens du Nord).
J’ai beau compter mes orteils 15 fois, je n’en ai toujours qu’onze, sais-tu ? Mes jeux limités et moi avons décidé de quitter la semaine prochaine la cité du malheur du canal de la Deûle, et de passer sur Paris. Sache d’ores et déjà qu’il me reste un créneau à combler mercredi prochain pour y boire un café, soit en matinée, soit en après-midi, afin que je te tirasse le portrait. (On avait dit ça, pour 2011). (Tu m’avais promis). (Mais enfin tu me connais, j’évite de te faire CULPABILISER).
Si ça se trouve, je vais voyager dans le train avec le faux tueur de Lille. Ouais hé ben tu peux courir pour que je te donne l’heure de mon train de mardi t’sais ! Mais sache que je te déverse tout la haine qui me coule dans les veines (du bras droit) (là où c’est pas encore pourri), et qu’à jamais JE NE T’AIMERAIS PAS, tueur imaginaire, tu entends !
[Pour l'histoire, on a retrouvé deux corps cette semaine, dans le canal de la Deûle. http://alturl.com/abvm8 ]
fév
24
Dites, que ceux qui en ont assez de voir le joli thème vert d’ici se dénoncent.
Comptez-vous.
(Ceux qui veulent le garder faites un pas en avant, et puis comptez-vous aussi, tiens).
fév
18
Cette semaine, j’ai revu un copain que je n’avais pas vu depuis 10 000 ans.
« Raconte le coude » qu’il dit (t’as qu’à voir comme ça fait un bail).
(Moi tu me connais, j’ai commencé par la fin, j’ai d’abord montré ma cicatrice, fière comme un petit paon).
Quand je lui demande la pareille (aka « quoidneuf »), il me sort un iPhone blanc 3GS 16 Gig. Autant dire le clone du mien. Le copain étant plutôt régressif dans les technologies, il me dit qu’il est bien avancé d’avoir trouvé cet iphone dans un cinoche il y a deux mois, il a peur que les Chinois du Apple Store aient mis des GPS et autres routeur-machins à l’intérieur, et donc de se faire embarquer au commissariat central pour trouvage farfelu d’iphone. (Pour résumer, il a peur de l’allumer) (ce qui ne nous avance à rien).
La question con : Quand on TROUVE un Iphone, on en fait quoi, genre ?
NB : Ceci est une situation d’urgence, le pauvre gamin vient de s’offrir un Motorola qui ressemble à la calculette du bureau de la petite maison. Je te raconte pas.
(Je me rends compte à l’instant que je suis couleur de peau « iPhone-Blanc ». C’est maxi-craignosse).
fév
15
En cette période Saint Valentinoise, on me fît un cadeau.
Ce qui est rigolo, avec l’internet et tout le tintouin, c’est qu’on rencontre encore et toujours plus de gens. Et en ces périodes d’incubation du coude, je te raconte pas comme c’est heureux.
Oh et puis, je te raconte.
Dans le réseau Irlande – World of Warcraft, je commence à en connaitre, du beau monde. Il y a d’abord le -nico qui officie ici parfois (quand il ne fait pas son Chinois de Chine, j’entends), et Guillaume, aka l’ami en Pixel, aka Pixou (ça, c’est moi qui l’ai inventé).
Donc un beau jour, Pixou me dit qu’il dessine. Genre. « Prouve-le, té », j’ai dit. Il m’a fait languir toute une semaine, et, l’inspiration japonisante faisant foi, il m’a dessiné. Moi. BINOU (B-I-N-O-U).
(Je te vois venir, mais ce que j’ai dans la bouche, c’est un crayon de bois. Genre pour écrire). (Tu m’uses).
(Vise un peu le papelar agrégé, on y parle d’hommage à moi). (Vive Bean quoi). (En quelques sortes).
fév
12
Oh, comme je me rends compte qu’hier ça faisait un mois après l’opération, j’ai fêté ça en me lavant les cheveux.
Jusque là : Normal.
Mais le truc dingue, c’est que la main attachée au coude de fer arrivait à faire un truc jusque là impossible, secouer mes cheveux.
Ni une ni deux, je relève ma tête, me regarde dans la glace, et porte mon doigt jusqu’à mon nez.
(Je sais pas si tu vois ce que ça veut dire toi).

Depuis, j’arpente fièrement les rues Lilloises le doigt sur le nez, quitte à me faire péter les autres broches.
fév
12
Doux Jésus, comme je peux faire de ce mot, le règle de ma vie ces derniers temps.
La déception du coude, cette vieille saloperie de coude qui perd toutes ses broches. (Les opérations ça va bien deux minutes).
(D’autres déceptions également, mais n’en faisons pas de choux gras, veux-tu).
Mais aussi, la déception de l’internet mondial. Toi tu ne peux pas trop savoir, mais il se passe un évenement sur le web de la communication, la toile de l’échange.
Ma mère me dirait « Tu vois BINOU, qu’on rencontre des connards sur le web ». Ma mère est vulgaire mais surtout elle a peur de tout. Alors que moi j’ai peur mais je fonce. (Et je suis pas tant vulgaire, je remplace les vulgarités par des Belgeries).
« Tu as fort le doute, une fois ? »
La déception du web, est la suivante. À plusieurs reprises, j’ai parlé (vaguement, mais quand même) de personnes proches de moi subissant un genre de maladie. Le Cancer, cette sale vieille frite de cancer.
Grâce à une amie du web, un personnage publique s’est crée. L’amie nous introduit publiquement sur son blog une jeune fille se disant atteinte d’un Cancer. Elle a environ 18 ans. Dès lors, un soutien communautaire s’est organisé. Moi personnellement, je suis un vilain lapin et je ne suis pas allée plus loin qu’un mail, sans suite. Mon mail tombé dans l’oublie, et sans retour, je me permets de ne pas insister, c’est vrai quoi, si ça se trouve on la fait chier de partout, la gamine. Je ne vois donc que ce qui est public, et de loin (j’ai d’autres gens malades dans mon entourage, genre).
Après quelques visites sur son propre blog sur, je sais pas moi, genre 2 ans, je devine qu’elle a perdu sa soeur, jumelle, et qu’il y a plein de choses moches. Je ne connais pas tant de détails, je n’insiste pas, je la sais bien entourée. Et puis les statuts chelous débaroulent sur facebook. « Cheulous 2000″ , comme dirait l’autre. À bien y réfléchir, je pense faire un truc maxi moche, je masque ses statuts. Au bout d’un moment, le quotidien difficile qu’on a, arrosé de statuts larmoyants, c’est compliqué à gérer. Je fais l’autruche, et je me trouve moche de le faire. Mais je le fais.
(Sans blague, BINOU, toi qui geins dès qu’on t’ouvre ta sale fricadelle de coude, SANS BLAGUE).
Et BOUM. 6 mois plus tard. La gamine de 18 ans n’est qu’un fake. Elle a réuni la pitié de milliers de personne, fais croire des choses monstrueuses pour qu’on la plaigne et lui apporte soutien et pognon. Quand l’une des ouailles est allée au delà du fait de penser qu’avoir un doute sur une toute petite personne fragile comme ça, c’est moche. Elle a juste dit qu’elle doutait, et les autres ont suivi. Le fake inter-galactique est découvert.
Il n’y a aucun cancer, aucune soeur jumelle décédée, aucun soin soit difficile à assumer, soit compliqué à recevoir, aucun long traitement. Rien.
Par contre, il y a eu mensonge, il y a eu mise en scène (genre avec des faux plâtres (quelle idée…) et avec des faux cathéters), il y a eu envois de certificats de décès (avec Romance à l’eau de Rose gerbante de la fake-jumelle) à des familles qui la soutenaient, pour son faux cancer, et qui avaient elles-mêmes des proches perdus ou malades. Et il y a certainement grosse maladie derrière son front.
Juste pour avoir une reconnaissance et des teu-po.
Et bien ma cousine, invente toi plutôt un légume et sois cool dans tes baskets.
(Je précise que, comme l’histoire vraie de la petite cancéreuse que je suivais de loin, j’ai essayé de suivre la découverte de tous les vilains secrets, mais j’ai dû louper quantité de détails salaces). (Il est donc possible qu’il y ait des choses en plus, ou en moins, on ne sait pas trop). (Les grandes lignes sont là, quoi).
(C’est un peu comme si tu apprenais je sais pas moi, que Nicolas Sarkozy n’est qu’un fake-président). (BIZARRE quoi).
Bean.
fév
8
Tu sais, comme des fois on tombe sur le coude, et puis qu’on se fait mettre trois broches en dedans et un fil de fer, et que parfois une des broches bouge et se fait la malle ?
Ben voilà.
La coquine a essayé de sortir ce week end par la peau du coude.
Profitant d’un rendez-vous de contrôle, le chirurgien a demandé gentiment au bel interne de me prendre rapidement. Le bel interne, pris de bistourite, m’a opéré en deux coups de cuiller à pot qu’il n’en faut pour le dire.
(Comme je regrette de ne pas avoir pris en photo ma radio, mon sang n’a fait qu’un tour quand j’ai jetté un coup d’oeil en loucedé et que j’ai vu la broche très loin de tous les os). (J’ai essayé de faire un autre malaise vagal mais je n’y suis pas arrivée).
(J’ai envie d’ouvrir un genre de concours pour gagner la jolie broche).
Lasse de ces conneries, je m’en vais dormir dans mon plaid durant 3 jours. Sache-le.
fév
3
Cette salope de vie me fait découvrir de nouvelles choses, et, après l’Éducation Sentimentale, voilà que je me fais mon premier théâtre à Lille.
Munie de ma meilleure amie et de mon couteau, nous sommes allés voir Stéphane Rousseau dans le théâtre du coin (il est fort heureux que je sois dans le quartier à Théâtres, finalement), au Sébastopol, le Sébastopol devant lequel je passe tous les jours quand tous mes coudes vont biens.
Ce Nord-américain a ça de rigolo, qu’il allie très bien le sentiment fort à la funk, et ça, hé bien c’est pas facile.
Mais je ne t’en parle pas pour ça, je t’en parle, parce qu’à la suite du spectacle, je me suis posée UNE QUESTION.
Le Caribou, il a un personnage qui m’émeut. C’est Rico.
Il m’émeut et c’est terrible. C’est le plus gros rassemblement de clichés de lovers latins du monde entier. Mais malgré ça, on se demande pourquoi ça gouzille jusque dans les doigts de pieds. Bon.
(Je dis ça parce que les clichés, je trouve que ça fait assez plouc).
Sachant ça, ma question est la suivante, quel serait l’équivalent féminin du personnage de Rico. L’entité féminine qui ferait mourir sur place la gente masculine, bourré de clichés en pas vulgaire, mais en rigolo. Tu vois le genre ? Tu visualises un peu ? (Je ne vais pas en dormir).



Quand Dieu a inventé Lo-Mob, il a fait un sacré truc.
fév
3
( Extrait de l’Education Sentimentale, Flaubert)
« Il voyagea.
Il connut la mélancolie des paquebots, les froids réveils sous la tente, l’étourdissement des paysages et des ruines, l’amertume des sympathies interrompues.
Il revint.
Il fréquenta le monde, et il eut d’autres amours encore. Mais le souvenir continuel du premier les lui rendait insipides ; et puis la véhémence du désir, la fleur même de la sensation était perdue. Ses ambitions d’esprit avaient également diminué. Des années passèrent ; et il supportait le désoeuvrement de son intelligence et l’inertie de son coeur.
Vers la fin de mars 1867, à la nuit tombante, comme il était seul dans son cabinet, une femme entre.
- Madame Arnoux !
- Frédéric !
Elle le saisit par les mains, l’attira doucement vers la fenêtre, et elle le considérait tout en répétant :
- C’est lui ! C’est donc lui !
Dans la pénombre du crépuscule, il n’apercevait que ses yeux sous la voilette de dentelle noire qui masquait sa figure.
Quand elle eut déposé au bord de la cheminée un petit portefeuille de velours grenat, elle s’assit. Tous deux restèrent sans pouvoir parler, se souriant l’un à l’autre.
Enfin, il lui adressa quantité de questions sur elle et son mari.
Ils habitaient le fond de la Bretagne, pour vivre économiquement et payer leurs dettes. Arnoux, presque toujours malade, semblait un vieillard maintenant. Sa fille était mariée à Bordeaux, et son fils en garnison à Mostaganem. Puis elle releva la tête :
- Mais je vous revois ! Je suis heureuse !
Il ne manqua pas de lui dire qu’à la nouvelle de leur catastrophe, il était accouru chez eux.
- Je le savais !
- Comment ?
Elle l’avait aperçu dans la cour, et s’était cachée.
- Pourquoi ?
Alors, d’une voix tremblante, et avec de longs intervalles entre ses mots :
- J’avais peur ! Oui… peur de vous… de moi !
Cette révélation lui donna comme un saisissement de volupté. Son coeur battait à grands coups. Elle reprit :
- Excusez-moi de n’être pas venue plus tôt (et désignant le petit portefeuille grenat couvert de palmes d’or : ) Je l’ai brodé à votre intention, tout exprès. Il contient cette somme, dont les terrains de Belleville devaient répondre.
Frédéric la remercia du cadeau, tout en la blâmant de s’être dérangée.
- Non ! Ce n’est pas pour cela que je suis venue ! Je tenais à cette visite, puis je m’en retournerais… là-bas.
Et elle lui parla de l’endroit qu’elle habitait.
C’était une maison basse, à un seul étage, avec un jardin rempli de buis énormes et une double avenue de châtaigniers montant jusqu’au haut de la colline, d’où l’on découvre la mer.
- Je vais m’asseoir là, sur un banc, que j’ai appelé : le banc Frédéric.
Puis elle se mit à regarder les meubles, les bibelots, les cadres, avidement, pour les emporter dans sa mémoire. Le portrait de la Maréchale était à demi caché par un rideau. Mais les ors et les blancs, qui se détachaient au milieu des ténèbres, l’attirèrent.
- Je connais cette femme, il me semble ?
- Impossible ! dit Frédéric. C’est une vieille peinture italienne.
Elle avoua qu’elle désirait faire un tour à son bras, dans les rues.
Ils sortirent.
La lueur des boutiques éclairait, par intervalles, son profil pâle ; puis l’ombre l’enveloppait de nouveau ; et, au milieu des voitures, de la foule et du bruit, ils allaient sans se distraire d’eux mêmes, sans rien entendre, comme ceux qui marchent ensemble dans la campagne, sur un lit de feuilles mortes.
Ils se racontèrent leurs anciens jours, les dîners du temps de l’Art industriel, les manies d’Arnoux, sa façon de tirer les pointes de son faux col, d’écraser du cosmétique sur ses moustaches, d’autres choses plus intimes et plus profondes. Quel ravissement il avait eu la première fois en l’entendant chanter ! Comme elle était belle, le jour de sa fête, à Saint-Cloud ! Il lui rappela le petit jardin d’Auteuil, des soirs au théâtre, une rencontre sur le boulevard, d’anciens domestiques, sa négresse.
Elle s’étonnait de sa mémoire. Cependant, elle lui dit :
- Quelquefois, vos paroles me reviennent comme un écho lointain, comme le son d’une cloche apporté par le vent ; et il me semble que vous êtes là, quand je lis des passages d’amour, dans les livres.
- Tout ce qu’on y blâme d’exagéré, vous me l’avez fait ressentir, dit Frédéric. Je comprends les Werther que ne dégoûtent pas les tartines de Charlotte.
- Pauvre cher ami !
Elle soupira ; et après un long silence :
- N’importe, nous nous serons bien aimés.
- Sans nous appartenir, pourtant !
- Cela vaut peut-être mieux, reprit-elle.
- Non ! non ! Quel bonheur nous aurions eu !
- Oh ! je le crois, avec un amour comme le vôtre !
Et il devait être bien fort pour durer après une séparation si longue !
Frédéric lui demanda comment elle l’avait découvert.
- C’est un soir que vous m’avez baisé le poignet entre le gant et la manchette. Je me suis dit : « Mais il m’aime… il m’aime ! » J’avais peur de m’en assurer, cependant. Votre réserve était si charmante, que j’en jouissais comme d’un hommage involontaire et continu.
Il ne regretta rien. Ses souffrances d’autrefois étaient payées.
Quand ils rentrèrent, Mme Arnoux ôta son chapeau. La lampe, posée sur une console, éclaira ses cheveux blancs. Ce fut comme un heurt en pleine poitrine.
Pour lui cacher cette déception, il se posa à terre à ses genoux, et, prenant ses mains, se mit à lui dire des tendresses.
- Votre personne, vos moindres mouvements, me semblaient avoir dans le monde une importance extra-humaine. Mon coeur, comme de la poussière, se soulevait derrière vos pas. Vous me faisiez l’effet d’un clair de lune par une nuit d’été, quand tout est parfums, ombres douces, blancheurs, infini ; et les délices de la chair et de l’âme étaient contenus pour moi dans votre nom que je me répétais, en tâchant de le baiser sur mes lèvres. Je n’imaginais rien au delà. C’était Mme Arnoux telle que vous étiez, avec ses deux enfants, tendre, sérieuse, belle à éblouir, et si bonne ! Cette image-là effaçait toutes les autres. Est-ce que j’y pensais, seulement ! puisque j’avais toujours au fond de moi-même la musique de votre voix et la splendeur de vos yeux !
Elle acceptait avec ravissement cette adoration pour la femme qu’elle n’était plus. Frédéric, se grisant par ses paroles, arrivait à croire ce qu’il disait. Mme Arnoux, le dos tourné à la lumière, se penchait vers lui. Il sentait sur son front la caresse de son haleine, à travers ses vêtements le contact indécis de tout son corps. Leurs mains se serrèrent ; la pointe de sa bottine s’avançait un peu sous sa robe, et il lui dit, presque défaillant :
- La vue de votre pied me trouble.
Un mouvement de pudeur la fit se lever. Puis, immobile, et avec l’intonation singulière des somnambules :
- A mon âge ! lui ! Frédéric ! … Aucune n’a jamais été aimée comme moi ! Non, non, à quoi sert d’être jeune ? Je m’en moque bien ! je les méprise, toutes celles qui viennent ici !
- Oh ! il n’en vient guère, reprit-il complaisamment.
Son visage s’épanouit, et elle voulut savoir s’il se marierait. Il jura que non.
- Bien sûr ? Pourquoi ?
- A cause de vous, dit Frédéric, en la serrant dans ses bras.
Elle y restait, la taille en arrière, la bouche entrouverte, les yeux levés. Tout à coup, elle le repoussa avec un air de désespoir ; et, comme il la suppliait de lui répondre, elle dit en baissant la tête :
- J’aurais voulu vous rendre heureux.
Frédéric soupçonna Mme Arnoux d’être venue pour s’offrir ; et il était repris par une convoitise plus forte que jamais, furieuse, enragée. Cependant, il sentait quelque chose d’inexprimable, une répulsion, et comme l’effroi d’un inceste. Une autre crainte l’arrêta, celle d’en avoir dégoût plus tard. D’ailleurs, quel embarras ce serait ! – et tout à la fois par prudence et pour ne pas dégrader son idéal, il tourna sur ses talons et se mit à faire une cigarette.
Elle le contemplait, tout émerveillée :
- Comme vous êtes délicat ! Il n’y a que vous ! Il n’y a que vous !
Onze heures sonnèrent.
- Déjà ! dit-elle ; au quart, je m’en irai.
Elle se rassit ; mais elle observait la pendule, et il continuait à marcher en fumant. Tous les deux ne trouvaient plus rien à se dire. Il y a un moment, dans les séparations, où la personne aimée n’est déjà plus avec nous.
Enfin, l’aiguille ayant dépassé les vingt-cinq minutes, elle prit son chapeau par les brides, lentement.
- Adieu, mon ami, mon cher ami ! Je ne vous reverrai jamais ! C’était ma dernière démarche de femme. Mon âme ne vous quittera pas. Que toutes les bénédictions du ciel soient sur vous !
Et elle le baisa comme une mère.
Mais elle parut chercher quelque chose, et lui demanda des ciseaux.
Elle défit son peigne ; tous ses cheveux blancs tombèrent.
Elle s’en coupa, brutalement, à la racine, une longue mèche.
- Gardez-les ! adieu !
Quand elle fut sortie, Frédéric ouvrit sa fenêtre. Mme Arnoux, sur le trottoir, fit signe d’avancer à un fiacre qui passait. Elle monta dedans. La voiture disparut.
Et ce fut tout ».
(Qu’on ne me dise pas que je ne suis pas une rome-antique).
fév
2
Oh dis, déjà plus de deux mois après le lancement du jeu de l’iPhone, cette seconde édition nous fait de grandes promesses. Du scandale. Du frisson. Et aussi un peu de paysage.
On vous promet surtout aucune cohérence entre elles. Parce que nous sommes comme ça, chez Bean.






Grou